Le plafond n'est encore pas fameux. Il a fait grand beau vendredi, dimanche sera tout aussi beau mais samedi, c'est comme ça, c'est gris et bouché.

Interruption Volontaire de Vol

Au programme de la leçon de ce matin, un vol en local. Ça fait du bien après une bonne quinzaine de tours de piste la semaine dernière. Au programme donc, les atterrissages en campagne avec moteur. Mettons-nous en situation. Il fait finalement pas beau devant et derrière ça se bouche, ou bien je me fais surprendre par la nuit, ou bien je n'ai plus assez d'essence pour continuer. Evidemment, ça n'arrive qu'aux autres (...) mais si la situation se présente, il faut se décider à se poser en campagne. J'ai fait le calcul après une actualité récente qu'il faut plus qu'une autoroute à 2 voies pour poser les 10m d'envergure du Cessna 150.

Nous cheminons tranquillement vers l'ouest. Exercice, il faut se poser. Cherchons un champ vachable[1] (et une belle allitération involontaire). De là-haut, je ne me rends pas trop compte de la taille du terrain nécessaire. Les pistes à Chavenay font 700-800 m et l'avion se pose en 300 m à masse max. Un champ de 300 m en pleine campagne, ça se trouve facilement. Il faut qu'il convienne maintenant. C'est là qu'une nouvelle check-list mnémotechnique débarque : le VERDO.

  • Vent : autant que possible trouver un terrain pour se poser avec le vent de face et à peu près dans l'axe
  • Etat de surface : éviter les sillons perpendiculaires, les maïs dévastateurs, etc.
  • Relief : un terrain plutôt plat, voire en montée.
  • Distance : ben, pas trop petit, le champ :)
  • Obstacles : faire gaffe aux clôtures, poteaux électriques et autres bovins paissant tranquillement.

Voilà, le terrain est trouvé. Survol du terrain à 1000 ft pour inspecter et mesurer précisément le champ. Encore un petit truc, en divisant la vitesse en noeuds par 2, on trouve des m/s (enfin à peu près). Quand la roue gauche du train passe verticale de ma piste, je fais un TOP et idem en sortie. 40 s, je vole à 80 kts, donc 40 m/s et mon terrain fait 1600 m (je laisse les timbrés sauter de l'avion pour mesurer en bas). Ça sera celui-là. En vent arrière, check-list rapide, MAYDAY fictif à la radio, transpondeur sur 7700 (détresse), consignes aux passagers fictifs (enlever les lunettes, serrer sa ceinture et se recroqueviller à l'atterrissage). Dernier virage en finale : on discute et j'ai oublié de descendre... Je sors les aérofreins du Cessna, ça passera pas : remise de gaz. C'était pas fait exprès mais c'est un bon exemple de ce qui peut arriver avec le stress et les passagers. Le deuxième passage sera le bon.

Je choisis un autre champ : les sillons ne sont pas dans le bon sens... Mais le tout petit (il doit bien faire 60 m de large quand même) champ à côté, le long de la forêt fera l'affaire. Je fais une belle approche cette fois-ci et remise de gaz à 50 m du sol (c'est la loi :-p). En fait, c'est assez similaire à une vraie piste. Il faut se fixer un point comme étant le seuil de piste. Assez effrayé les riverains, on rentre. Je vais faire une petite boulette. Je pense avoir le temps pour rappeler la tour et au moment où je le fais, j'ai le sentiment de parler en même temps que quelqu'un. Bingo, la tour ne m'a pas entendu. J'avais un peu attendu et suis presque à entrer dans le tour de piste sans clairance. Sympa, la contrôleuse me voit repartir (un peu sous les ordres de mon instructeur) et m'autorise. On va faire la dernière étape de l'atterrissage en campagne. En passant le seuil, on coupe tout : étouffoir, essence, magnétos et batterie/alternateur. L'hélice s'arrête pendant que je dégage la piste.

Solo en local

L'après-midi, le vent a un peu forci (30-35 km/h) et le plafond nuageux est aussi un peu monté. Je pars pour mon 1er local en solo, me balader dans les environs. J'ai la carte sur les genoux des fois que... L'incinérateur crache sa fumée habituelle, je saurai revenir. A priori, je vais aller voir les lions du côté de Thoiry et piquer une tête dans les étangs de Hollande. A peine décollé que j'entends un avion qui devrait être sur ma gauche et donc croiser ma route. Mais le contrôleur croit que je pars en tours de piste. Je re-confirme que non. On se voit, pas de souci, je continue à monter. Je repars vers l'ouest comme ce matin et décide d'aller voir ensuite vers le nord mais après quelques doutes sur la limite de la zone de Pontoise, je fais demi-tour pour aller voir les étangs qui sont après la forêt. Qui dit forêt dit humidité donc plus de nuages. Et ceux-là sont à ma hauteur, je repars vers Thoiry sans voir de bestiaux (sans doute à l'abri pour le simulacre d'hiver) et descend sous les nuages pour aller voir ces étangs. Je vois un avion pas très loin : un feu blanc. Vient-il vers moi et c'est son phare que je vois et ses feux verts et rouges de nav sont éteints ? Ou s'éloigne-t-il et c'est son feu blanc de queue que je vois ? J'ai tout allumé de toute façon, il semble s'éloigner.

Il est l'heure de rentrer, déjà. Je renote l'ATIS sur ma feuille. Je rentrerai avec Juliet. La radio crépite, que de monde ! J'essaie de trouver une seconde de pause pour placer mon message : impossible ! Je suis maintenant proche du terrain. Il faut que je tourne en rond, le temps d'en placer une. Chaque fois où je presse l'alternat pour parler, quelqu'un a déjà commencé. Je saute sur la fin d'un message pour placer un Chavenay Tour, Fox Bravo Sierra India Xray, re-bonjour ! — India Xray, je vous rappelle. Ouinnn, j'attends encore deux bonnes minutes. Ah non, on m'a pas oublié pendant que je tourne en rond. Ça y est, intégration. Et je fais l'atterro le plus pourri depuis un moment. Ça allait bien jusqu'à l'arrondi et là, j'ai dû tirer le manche un peu fort (peut-être le poids plus faible tout seul ?) et j'ai bouffé 100 m de piste.

Corvée de chiottes

Les Cessna après une journée de vol sont recouverts de boue et il faut les nettoyer avant que ça ne sèche et de les ranger. Jet d'eau, brosse et huile de coude, y a que ça de vrai ! Ensuite séance de puzzle sous la direction de mon instructeur qui a l'oeil pour ranger un Piper, deux Cessna et 4 ou 5 DR-400. Les portes ferment. Mission réussie ! Il fait nuit.

Notes

[1] se vacher, v. pr. intr. : atterrir sur une surface autre qu'une piste dûment mentionnée sur les cartes.